| "Mon
rapport à l'argent" - atelier du
26 novembre 2005
1) Préambule
et fonctionnement d'atelier
2) Comment j'utilise
l'argent pour acheter ? Qu'est-ce que j'achète
avec mon argent ?
3)
Quel rapport financier avec un psy, et pourquoi payer
ma thérapie ?
4)
Ce que me coute la demande de rétribution de
mon travail
1) Préambule
et fonctionnement d'atelier
Lecture du préambule.
Le modérateur : En ce
qui concerne…
La logique des ateliers. Les ateliers
sont une opportunité pour les acteurs victimes
d'inceste et leur entourage impacté par les
pratiques incestueuses de partager une parole sur
leur expérience dans un contexte d'écoute
libéré de toute contrainte morale.
La périodicité
des ateliers. Les ateliers sont proposés sur
une périodicité trimestrielle avec une
proposition thématique sur l'année.
La durée de deux heures et demie doit permettre
la participation active au niveau de la parole comme
de l'écoute, de l'ensemble des acteurs.
L'utilité des ateliers. Il
s'agit de l'accueil non restrictif de l'ensemble des
paroles des victimes de pratiques d'inceste dans leur
dimension de connaissance psychologique, émotionnelle,
sociale, socioprofessionnelle.
La parole dans les ateliers. La parole
ainsi que les silences sont offerts aux acteurs sur
la base de leur désir avec une régulation
du temps liée au nombre de participants et
aux thèmes de l'atelier.
Le recueil de la parole. L'ensemble
du discours pendant les ateliers est enregistré
afin d'en permettre une retranscription fidèle
qui permettra la réalisation de synthèse
thématique.
La synthèse de la parole.
Ces synthèses ont pour objectif pour chaque
membre de l'atelier de pouvoir, s'il le souhaite,
retrouver sa parole, garder sa parole, et peut-être
retrouver par une nouvelle manière, par une
nouvelle écoute, la parole de l'autre, de positionner
sa parole et son expérience au sein de la parole
des autres. Dans un deuxième temps, elles ont
pour objectif de permettre une lecture plus large,
mais aussi plus complète, des connaissances,
expériences, ressentis par l'ensemble des acteurs
concernés par la problématique des conduites
incestueuses. Il s'agit de communiquer l'expertise
et sur l'expertise du discours non programmée
des acteurs victimes. Et enfin, dans un troisième
temps, elles permettront dans le cadre d'une démarche
scientifique au plus proche de la parole des acteurs,
une analyse du discours sur le vécu des victimes,
en vue d'une publication.
Je vous rappelle que c'est un
atelier d'une durée de deux heures trente ;
on va se donner à peu près pour chaque
sous thème 40 minutes de paroles. La thématique
qui avait été choisie est : "quel
rapport j'entretiens avec l'argent ?" Trois sous
thèmes :
- Comment j'utilise l'argent pour acheter ? Qu'est-ce
que j'achète avec mon argent ?
- Quel rapport financier avec un psy, et pourquoi
payer ma thérapie ?
- Ce que me coûte la demande de rétribution
de mon travail.
2) Comment
j'utilise l'argent pour acheter ? Qu'est-ce que j'achète
avec mon argent ?
En ce qui concerne le premier
sous thème, c'est une réflexion autour
de l'argent, de ce qu'il représente dans une
dimension sociale assez générale. Et
après, qu'est-ce que représente l'argent
dans la logique d'achat, quand on parle de son propre
argent ; donc d'une dimension plus individuelle de
ce côté financier.
Qui souhaite prendre la parole
?
Delphine : je veux bien commencer.
Ben moi j'en perds beaucoup, de l'argent. Pas nécessairement
ce que j'achète mais j'en donne beaucoup aux
gens qui mendient dans la rue. J'en perds, je sais
pas comment je fais mon compte, mais j'ai du mal à
garder l'argent. C'est pas que je le dépense,
mais… il n'y a pas très longtemps, ma
mère - parce que j'ai beaucoup de frères
et sœur - nous a fait une donation d'argent,
en disant "autant que vous en profitiez maintenant".
Et mes frères et sœurs n'ont pas fait
pareil mais moi j'ai placé cet argent de telle
sorte que j'ai quasiment tout perdu, assez vite, et
que… voilà… comme si… et
ça ne m'a pas vraiment dérangée.
Cet argent venait de la famille donc je pense peut-être
que je me suis dit que ce serait pas mal que ça
disparaisse. … redis le thème…
Le psychologue : Comment j'utilise
l'argent pour acheter ? Qu'est-ce que j'achète
avec mon argent ?
Delphine : Ah oui… bah
voilà, j'utilise l'argent comme ça.
Ou bien pour acheter des choses mais pas pour moi,
en général. Ça me paraît
toujours possible d'aider ma sœur qui a un enfant,
et qui en aura bientôt deux, et qui n'a pas
un super gros salaire et son mari non plus. Et donc
de payer des trucs pour ma nièce et tout ;
et puis pour moi, je trouve ça plus compliqué.
J'ai jamais spécialement envie. Ou je trouve
toujours que je dois économiser, que je dois
faire attention. Puis j'ai toujours peur d'en manquer,
aussi, de l'argent.
Virginie : Moi c'est pareil,
j'ai toujours peur d'en manquer mais du coup, c'est
une catastrophe, ce qu'elle dit qu'elle en perd parce
que en fait, moi, je n'en perds pas du tout ; je sais
où il est, je le dépense, mais je ne
le perds pas. Je le dépense… et effectivement,
j'ai le stresse de ne pas avoir d'argent. On n'en
avait pas d'argent, quand j'étais petite, et
puis en plus, ma mère avait un boulot où
elle mendiait quasiment parce qu'elle était
ouvreuse de cinéma. Donc ce qui rentrait, c'était
ce qu'elle recevait dans la main. Donc c'était
très fluctuant, absolument pas sécurisant
parce qu'il n'y avait pas la notion de salaire. Donc
effectivement, moi, ma sécurité entière
en tant qu'individu repose sur l'argent. Si j'ai pas
d'argent, mais même pas énormément,
c'est à dire avoir un petit chez moi, puis…
bon, et à part ça, je ne fais pas du
tout mes comptes, c'est tout au pifomètre.
J'ai trouvé un truc, c'est d'avoir des messages
par SMS de ma banque le matin. Donc ça je suis
obligée de les lire, et comme ça je
sais où j'en suis. Mais j'ai une trouille bleue
d'aller voir l'état de mon compte.
Delphine : Mais quoi, ton banquier
il t'envoie des sms ? mais c'est juste pour toi ?
Virginie : non, non, c'est un
service payant. Et bon évidemment, je ne remplis
pas mes talons de chéquier et je suis complètement
au pifomètre. Donc c'est à la fois une
trouille… j'ai pas besoin d'avoir beaucoup d'argent,
même si on n'a pas eu d'argent et qu'on était
émigré, j'ai pas eu le trip d'en vouloir
beaucoup. Mais pour moi, c'est la sécurité
de ne pas être à la rue.
Delphine : je peux juste reprendre
la parole ? c'est pour dire que ça me fait
penser que… je suis presque gênée
de dire ça mais je crois que ce qui m'angoisse
horriblement, c'est d'être riche. Je ne peux
pas supporter cette idée. Je ne veux pas ressembler
à mes grands-parents, à cette famille
très bourgeoise. Alors quand je dis que j'ai
peur de manquer, c'est que j'ai besoin d'avoir ce
qu'il faut pour vivre mais l'idée d'être
riche me dégoûte profondément.
Virginie : on peut s'arranger…
Mireille : moi j'ai envie de
dire que je ne sais pas compter. A chaque fois que
je fais mes comptes, je me trompe tout le temps, j'oublie
des retenues, je… je fais aussi un petit peu
au pifomètre, et pourtant je suis issue d'une
famille où il fallait toujours compter. Il
n'y avait pas beaucoup d'argent. J'ai quand même
fait des études avec des bourses, donc je devais
faire très attention. Et cependant, je fais
très attention quand c'est pour moi, pour acheter
des vêtements, c'est toujours trop cher, je
vais toujours essayer de trouver ce qu'il y a de moins
cher. Par contre, j'ai dépensé beaucoup
d'argent pour des livres. Des livres, des livres,
des livres, je ne peux pas lutter contre les livres.
Disons que dans ma vie, j'ai réussi ma vie
relativement, mais le côté intellectuel,
je l'ai développé. Et donc les livres,
j'avais le droit de dépenser de l'argent pour
des livres. Même si j'en achète certains
que je ne lis pas, ou que je donne après. Donc
je dirais comme ça que je ne sais pas compter.
Je me trompe tout le temps. Pourtant même maintenant,
je me dis aujourd'hui je m'y mets, je vais faire attention.
Ben même comme ça, je me trompe. Je ne
sais pas compter. Donc voilà ce qui me vient
maintenant.
Sidonie : Bien moi, je vais dire
que je sais compter, maintenant. Je ne savais pas
compter tant que j'étais mariée, que
j'étais que j'étais en couple. Mon argent
ne m'appartenait pas, c'était l'autre qui gérait,
et ça m'a menée à toutes les
catastrophes du monde. Je me suis retrouvée
par deux fois sans rien. Et alors un jour, quand je
me suis retrouvée seule, j'ai dit ben cette
fois-ci, c'est fini. Mon argent, c'est pour moi, je
compte. Et alors ça, pour compter, je vous
assure que je ne fais pas une dépense de deux
euros sans la noter sur du papier. Je fais mes comptes
tous les quinze jours, à la fin du mois, bien
sûr ; par année, bien sûr. Ça
va être Noël, j'emmène mes comptes
avec moi au ski pour faire un bilan de l'année.
La manière dont je le dépense, bon,
j'ai pas beaucoup, donc… faut quand même
bien gérer. Mais j'achète beaucoup de
cadeaux pour les autres. Pour moi, bien entendu, j'achète
tout en solde. Surtout au mois de janvier et au mois
de juillet. Et puis de temps en temps, je me fais
une petite paire de lunette de luxe parce que je sais
que c'est remboursé en partie par la sécu.
Les luxes que je me paie, c'est quand il y a de l'aide.
Maintenant, ça me touche beaucoup parce que
je ne savais pas que c'était le thème
de l'argent qu'on allait aborder aujourd'hui, et ça
fait peut-être deux nuits que j'en rêve,
j'ai une jouissance à faire mes comptes! Et
à m'occuper des comptes des autres! Mais alors
là! Mais c'est un plaisir. J'ai une vieille
tante de 83 ans qui n'arrive plus à gérer
son argent. En ce moment, je vais voir des conseillers
financiers pour essayer de voir avec elle ce qu'on
peut faire. Je lui fais des aditions, j'y vais deux
jours de suite, je compte pourquoi elle est dans le
rouge, etc. je m'explose la tête, je reprends
mon train, j'ai l'impression d'avoir fait de grandes
choses, alors que je ne fais que compter l'argent
des autres. Mais alors là, je ne me trompe
pas. J'ai la calculette, je refais… et…
ce n'est pas pour leur prendre de l'argent, hein.
Vraiment, je pense que… pour aider des vieux
qui peuvent plus compter leur argent, mais qui ont
su bien compter. J'ai pas du tout envie d'aider les
gens qui vont dans tous les sens. Mais quelqu'un qui
ne peut plus à un moment, j'ai vraiment envie.
Et ça, quand j'aligne les chiffres…
Delphine : mais qu'est-ce qu'il
y a de jouissif à ça ?
Sidonie : je ne sais pas, maintenant,
ce qu'il y a de jouissif. Je vais vous dire, j'ai
un ami dans ma vie, depuis dix-huit ans, je ne le
vois pratiquement jamais ; je n'ai aucune autre relation
avec lui que d'ordre sexuel, et depuis dix-huit ans,
on peut supposer qu'il doit y avoir autre chose. Il
est bourré de fric. Et il arrête pas
d'en avoir, et ne m'en donne absolument pas. Et je
n'y tiens pas parce que son argent, c'est le sien,
et le mien, c'est le mien. Mais j'ai une grande jouissance
à approcher un homme qui a les poches bourrées
et qui l'amène chez moi. Il sait qu'il ne craint
rien. Son argent ne m'intéresse pas, mais j'adore
le compter. J'adore le compter. Si je pouvais faire
des tas! Mais après, je ne sais pas quoi en
faire, et ça ne m'intéresse pas, j'ai
pas envie de rentrer là dedans.
Delphine : Et puis c'est compter
l'argent ; t'aimes pas compter autre chose, ou…
Sidonie : ah non! L'argent, les
petites pièces à entasser, à
rouler dans un papier… ça c'est une jouissance.
Bérénice : Moi,
mon rapport à l'argent, en fait, ça
a été un enjeu très tôt
dans ma vie. C'est assez curieux mais en fait, l'argent
comptait beaucoup dans ma famille, et en particulier
pour ma mère. Et j'avais, petite, une espèce
de don, je crois, à ne pas compter mais à
savoir combien exactement il fallait rendre aux gens.
Mes parents tenaient un commerce et donc quand ils
prenaient des consommations, très vite, je
savais combien je devais rendre aux personnes, sans
décompter. C'était visuel, ça
fait un rapport un peu occulte à l'argent.
Et depuis, mon rapport à l'argent est resté
occulte, mais je ne gère pas. Je ne suis pas
quelqu'un qui gère mon argent. Je ne peux pas
regarder mes comptes. J'aime pas savoir combien il
me reste, ou combien il ne me reste pas. Et je crois
que c'est lié à une promesse que je
me suis faite, justement très jeune, de ne
jamais avoir à me soucier de l'argent. Je crois
que toute ma vie s'est organisée un peu comme
un dispositif autour de ça, pour qu'effectivement
je n'ai pas à me poser la question de savoir
ce que j'ai en caisse et comment…
Delphine : Que tu ne manques
pas, quelque chose comme ça ?
Bérénice : Oui
c'est ça, que je ne manque pas. Et comment
j'utilise l'argent, c'est beaucoup plus problématique.
A la fois parcimonieuse ; par exemple quand j'étais
étudiante, j'avais du mal à imaginer
m'acheter des casseroles qui me manquaient. Ça
ne me venait pas à l'esprit. Donc je restais
avec ce qui me manquait sans imaginer que je pouvais
l'acheter. J'avais pas cette… comment dire…
j'avais pas l'initiative de l'utilisation de l'argent.
Bien que je concevais pouvoir en acheter, mais je
n'arrivais pas à passer à l'acte. C'est
tout ce que je veux dire pour l'instant.
Regane : Ben moi, c'est un peu
ça, en fait. D'abord, avec l'argent, quand
je vais faire ma situation de compte, ce que je fais
moins souvent qu'avant. Avant j'y allais quasiment
tous les deux jours et puis je ne sais pas…
je trouvais que c'était un besoin, et en fait,
ça m'excitait aussi d'y aller. Quand j'ai…
bien, un certain montant qui me convient bien, là,
je suis rassurée. Je ne peux même pas
dire que je suis heureuse ; je suis rassurée.
Mais quand j'approche de zéro, et genre il
me reste deux cents ou trois cents euros, ce qui n'est
quand même pas mal… je n'ai même
pas, je n'ai pas de problème de crédit,
ou d'être dans le rouge ou des choses comme
ça. Mais quand j'approche de deux cents euros,
alors là je commence à avoir peur. Je
me sens angoissée. Et par rapport à
acheter ce qu'il me faut, ouais, pendant un moment
aussi, je ne savais pas… c'est comme s'il me
manquait un prolongement d'action financière.
Je ne pouvais pas acheter. Alors c'est important pour
moi d'avoir de l'argent sur mon compte, mais pas énormément.
Mais je vais avoir une incapacité à
la dépenser. Et c'est justement là le
problème, c'est que je ne sais pas si je suis
radine, ou si je gaspille mon argent. Ça dépend,
je crois, de ce que j'achète. Il y a des trucs
pour lesquels je ne vais pas vouloir mettre le prix
alors que si ça se trouve, c'est bien pour
moi, et des choses comme ça. Ça peut
toucher au luxe, à quelque chose de qualité,
ou bien juste à quelque chose qui me plairait.
Mais alors par contre, les trucs pas trop chers qui
vont juste m'encombrer et m'être d'aucune utilité,
ben comme c'est pas trop cher, je l'ai longtemps fait.
Mais maintenant, je suis contente, ça j'en
ai fini là-dessus. Puis… voilà…
Lise : J'ai grandi jusqu'à
dix-sept ans, dans une famille où il n'y avait
pas d'argent. Le 3 du mois, c'était fini, c'était
déjà les dettes. On payait les dettes
le 3 du mois avec l'argent et c'était fini,
et on partait acheter avec un carnet, surtout cher
l'épicière. Et à dix-sept ans,
j'ai travaillé, et là, je me suis cru
riche. Et pourtant, je payais ma pension… je
gagnais, je vous dis les francs de l'époque
; je gagnais au début dix-huit mille francs,
et je donnais quinze mille francs de pension à
mes parents. C'était impossible qu'on en donne
pas ; toutes mes sœurs et frères qui travaillaient
donnaient une pension. Mais j'arrivais avec ça,
j'allais chez le coiffeur, je faisais plein de choses.
Virginie : Tu parles en ancien
francs ?
Lise : oui, oui. Et on habitait
très loin de mon travail, et j'ai acheté
une bicyclette d'occasion et le marchand a bien voulu
que je la paye en deux fois. Et ensuite, donc j'ai
recommencé ma vie à trente-six ans ;
je suis entrée au Carmel avec le motif entre
autres de la pauvreté. Ça m'emballait
de vivre une vie de pauvreté, comme si je ne
l'avais pas connue ; et donc après, j'ai pu
m'habiller. J'ai ouvert un plan d'épargne logement,
et je l'ai gonflé, gonflé, et je n'ai
jamais pu acheter d'appartement. J'ai demandé
conseil à un financier de la poste où
j'étais, qui m'a dit : "oh! Vous ne pouvez
pas, vous n'auriez que 16 mètre carrés".
Delphine : t'avais peur de quoi
?
Lise : D'acheter, de me lancer,
alors que ma sœur à Paris en était
à son troisième appartement. Donc j'étais
toujours, je suis encore locataire. Et ensuite, d'ailleurs,
dés que j'ai été à la
retraite, c'est à dire il y a trois ans, le
conseiller de la poste a vu que j'avais ce plan d'épargne
logement plus l'indemnité de départ
à la retraite, qui était d'ailleurs
assez minime. Il m'a tout fait placer sur des actions.
Et au jour d'aujourd'hui, j'ai perdu presque la moitié
de ce que j'avais. J'ai toujours eu peur de dépenser,
et j'ai toujours… oui… voilà…
alors j'ai fait une demande de… je suis passée
par "Que choisir", donc peut-être
que je vais récupérer ces douze millions
d'anciens francs qui sont perdus. Pour le reste, je
tiens mes comptes presque au jour le jour, mais je
ne fais jamais l'adition, en bas. Et en début
d'année, je fais vraiment mon budget, tant
pour le loyer, tant pour l'EDF, etc. dons je sais
que je ne dois pas dépenser tant par moi, à
peu près. Et ce qu'il y a, c'est que deux fois
par semaine, je vais au distributeur vérifier
le solde de mon compte. Je dis deux fois, mais c'est
parfois plus. J'ai la trouille de manquer. Et même
si la veille je l'ai fait, si je tire de l'argent
parce que j'en ai besoin, je dis allez, pendant que
j'y suis… et je regarde ce qui me reste. En
fait j'ai toujours thésaurisé, et je
n'ai jamais su quoi faire de l'argent que j'avais.
Par peur de le gaspiller, sans doute. Mais j'ai fait
beaucoup de cadeaux. Et je continue… et dans
la rue, l'autre jour, je me suis engagée à
payer pendant un an pour une association, tous les
mois pendant un an. D'habitude on donne une somme,
bah non, là j'ai réussi à m'engager
pour un an…
Le psychologue : je me permets
juste de faire une petite remarque. Je souhaiterais
vivement qu'on laisse les gens terminer, et qu'après
on leur pose les questions. Mais vraiment, qu'on attende
que les gens aient terminé, pour vraiment ne
pas couper cette parole, et après, poser les
questions.
Virginie : C'est nouveau.
Delphine : C'était pas
comme ça avant…
Le psychologue : Si, si, toujours.
Je pense que c'est plus simple parce que le fait de
poser les questions amène l'autre à
réagir finalement sur la question que vous
lui avez posé et parfois de raccrocher son
discours sur finalement une orientation. Alors que
le fait que la personne termine, et que vous posiez
la question après, là effectivement…
je suis désolé, c'est pas réactionnel,
mais on est bien d'accord là dessus.
Virginie : Moi je voulais juste
rajouter quelque chose, qui me vient à l'esprit
en en parlant. C'est que pour moi, l'idée de
tenir ses comptes, en fait, c'est pas que je ne pourrais
pas les tenir, parce que je m'aperçois que
c'est un exercice. On part de très bas et on
arrive à gérer ça. Parce que
j'y arrive au bureau, je facture mon travail ; j'ai
mis des années, j'ai mis quinze ans à
facturer mon travail. C'est un problème d'estime
de moi, c'est que quand je faisais un truc, comme
j'avais une mauvaise estime de moi, je me disais ça
vaut cinquante, là où ça aurait
pu en valoir cinq cents. Donc là, j'ai appris.
Il m'a fallu quinze ans, c'est très long, je
vous le dis à tous, mais au bout d'un moment,
on y arrive. Donc là, je sais à peu
près que je peux facturer. Mais le problème
de tenir ses comptes, c'est que j'ai l'impression
que ça m'enferme. Si je tenais mes comptes,
ça m'enfermerait dans une espèce de…
c'est comme une perte de liberté, c'est à
dire… je vais donner un exemple qui n'a rien
à voir mais par exemple, je tiens énormément…
j'ai pris un mari ultra libéral, je tiens à
être libre dans le mariage. Alors c'est pas
pour forcément le tromper à l'arrivée.
Mais j'ai besoin de sentir que je peux sortir à
n'importe quelle heure. L'argent, c'est pareil. C'est
qu'en fait, j'ai besoin de savoir que je peux le dépenser.
Et pour moi, tenir les comptes, ça voudrait
dire "ben non, j'en ai plus". Alors le résultat,
c'est que je ne le dépense pas, parce que de
toutes façons, je ne suis pas dépensière.
J'achète des jeans à 10 euros, et puis
je suis contente quand j'ai trouvé à
5. Mais je ne veux pas supposer un seul matin que
je ne peux pas le dépenser. Et pour moi, faire
les comptes, et conclure que le fait est que je ne
peux pas dépenser, vu que je finis toujours
à peu près à moins huit cents
euros tous les mois. C'est toujours la même
somme donc ça va, en fait il me manque juste
huit cents euros. Mais bon, c'est vraiment la notion
de liberté, de savoir qu'on peut dépenser,
qu'on peut faire des folies. Et curieusement, à
l'arrivée, je ne la fais pas, d'ailleurs. Heureusement…
mais j'ai besoin d'avoir cette sensation de ne pas
être dans un cadre. Je ne sais pas pourquoi
je pense au mariage mais du coup, le mariage, c'est
pareil, c'est un cadre, t'as pas le droit de sortir.
Moi, j'ai besoin du non-cadre pour ne pas sortir.
Pour moi, les comptes, c'est entravant : le débit,
le crédit, c'est entravant. C'est un peu ce
qui me vient à l'idée.
Nathan : Mes grands parents avaient
pas du tout d'argent, et mes parents en ont gagné
énormément. Et j'aimerais revenir sur
la petite distinction : comment est-ce que vous utilisez
l'argent en général, et comment est-ce
que vous dépensez votre argent ? il y a une
nuance, et notamment pour moi, dans mon expérience.
Dans la vie associative ou professionnelle, j'ai un
rapport assez calme à l'argent. Il y a de l'argent,
on doit l'utiliser pour x ou y chose, on le fait.
Il n'y en a plus, ben on ne le fait pas. C'est simple,
c'est calme. Et j'ai pas de difficulté à
dire des choses assez brutalement, à dire "ben
non, on n'a pas les moyens de ça, donc…".
Par contre, au niveau personnel, il y a une dimension
affective plus… qui est beaucoup plus complexe.
Et justement, cette confrontation aux conséquences,
parce que je crois que les comptes, c'est ça,
c'est d'essayer de penser aux conséquences
et de se donner une marge de manoeuvre. C'est pas
de repousser, sans se confronter aux conséquences
des actes. Er notamment, dans le cadre familial, l'argent,
d'une certaine manière c'est l'incarnation
du pouvoir. Pouvoir au sens fort, mais aussi au sens
puissance de l'homme. Parce qu'avec de l'argent, on
fait des cadeaux, on paye des études. Du coup,
c'est… oui… repoussé.
Bérénice : moi
il me vient quelque chose… tout à l'heure,
j'ai dit qu'il y avait une espèce d'aspect…
je ne l'ai pas exprimé comme une forme de chance
par rapport à l'argent, mais je crois que d'avoir
vécu dans une famille où le client était
roi, et où on faisait tout pour de l'argent,
m'a amenée à travers cette promesse
d'enfant qui était donc de dire - je le rappelle
- que je n'aurai jamais de problème d'argent,
à aller assez loin là dedans. Il m'est
arrivé plusieurs fois de perdre ma carte bancaire,
et j'ai l'impression à travers ça de
provoquer parfois le monde extérieur pour qu'il
me ramène à cette idée que, effectivement,
oui, j'ai de la chance vis à vis de ça.
Parce que je l'ai récupérée,
ma carte bancaire ; ou bien on me la ramenait, ou
bien il n'y avait pas de conséquences fâcheuses.
Je crois que je suis persuadée que jamais je
n'aurai de souci d'argent, et cette certitude m'interroge.
Je me dis que ça a vraiment… c'est étonnant,
quoi. Je me dis aussi que je pourrais très
facilement faire mes comptes si je le voulais, que
ce n'est pas un handicap, que c'est vraiment une facilité
ou un refus d'être comme eux, mais que ce n'est
pas un handicap de ne pas faire mes comptes.
Regane : Moi ça a aussi
été un moyen d'exister ; j'existe pas,
donc le seul moyen pour moi d'exister, c'est de payer,
d'utiliser mon argent. D'une part, et aussi, c'est
ma liberté. J'ai toujours dit, moi, je peux
partir, il me faut juste ma carte de transport et
ma carte bleue, c'est tout ce que je veux. Et quand
je suis en relation avec quelqu'un, c'est évident
que je ne peux pas… alors ça… c'est
évident, ça ne m'arrivera jamais, ce
n'est pas possible. Financièrement, il n'est
pas question que je dépende de quelqu'un. Je
ne parle pas de la dépendance genre, j'en n'ai
pas et il en a. C'est : j'en ai, mais c'est lui quand
même qui paye tout. Non, je ne peux pas. Là,
vraiment, je ne peux pas, parce que j'aurais l'impression
d'y laisser ma liberté.
Virginie : le "il paie",
pour moi, il n'y a aucun souci. Ça doit être
lié à l'inceste mais si c'est "il",
il paie. On peut tout me payer, je ne suis absolument
pas féministe. Le mec est là pour payer,
je le dis. Mais quand je dis "il paie",
c'est vraiment "ils paieront!" c'est vraiment,
c'est la haine totale. Tout ce que je pourrai extorquer,
je le ferai. Donc si je pouvais… mais je me
suis calmée, maintenant. Ça c'est clair,
je pense que c'est évident que c'est un problème
d'inceste, on va dire. Mais les femmes, non, bien
sûr. Je ne suis pas du tout pingre, je suis
toujours la première à payer au restau.
Mais c'est l'homme… l'homme paie.
Mireille : moi, j'ai l'impression
que je devrai payer toute ma vie, et surtout par rapport
à ma sœur. Parce que moi, mon histoire
d'inceste, c'est lié à mon beau-frère,
donc le mari de ma sœur, et je ne sais pas…
enfin j'en prends conscience maintenant, parce que
j'avais neuf ans, et il est mort maintenant. Et c'est
vrai que ma sœur, j'ai voulu comme quelque part
compenser
(…) maintenant je me dis, "mais t'es folle!
Pourquoi t'as payé ?" et je dois encore
payer. Payer quoi ? je ne sais pas, mais je dois toujours
payer. Et c'est vrai que quand je dois faire mes comptes
; enfin là, mon mari, il est un peu comme moi,
on ne compte pas trop. Bon, alors on se débrouille
parce que ce n'est pas dramatique mais il y a des
moments, je me dis : je m'y mets, je vais le faire.
C'est à moi de prendre les choses en main et
de décider. Mais quand je passe un après-midi
à faire les comptes, je me sens très
très mal et j'ai vraiment l'impression de perdre
mon temps. C'est vraiment une épreuve de faire
les comptes. Et en plus, je vois après coup
que j'y ai passé des heures et que je me suis
trompée. Donc voilà, ce n'est pas très
clair…
Sidonie : Moi, par rapport à
l'inceste, je me rends compte que dans ma tête,
la notion, c'est "j'ai payé pour tout
le monde". J'ai payé pour tous, ils m'ont
fait payer… j'ai eu à payer tout le temps.
Et il y a un moment où j'ai arrêté;
donc pour ça,j'ai bloqué… d'une
certaine manière, une manière de dire,
dés que j'allais voir mes parents, le premier
repas que je prenais avec eux, je ne l'avais même
pas fini que j'allais aux toilettes. Je me vidais.
Parce qu'il fallait que je leur donne tout en liquide.
C'était immédiat. Avec mon second mari,
il me téléphonait le matin, toujours
pour vérifier si j'étais là.
Et au moment de lui dire "je t'embrasse",
je me trompais, je disais "je t'emmerde".
Et en même temps, je me vidais, fallait que
je me précipite aux toilettes. C'était…
j'étais obligée de raccrocher. Et là,
quand j'en ai pris conscience, j'ai tout arrêté,
et c'est là que j'ai commencé de faire
les comptes et où j'ai refusé de payer.
Mais j'ai tout bloqué. Et alors là,
au moment où j'ai tout bloqué, je me
suis fait bloquer mes comptes. Il y a eu une magouille
juridique à la suite d'un problème de
loyer, on m'a bloqué tous mes comptes. Et je
me suis retrouvée à ne même pas
pouvoir payer les huissiers. Mes comptes étaient
bloqués, c'était au mois d'août,
y'avait personne pour me prêter rien. J'ai fait
une dépression nerveuse, alors là! L'humiliation
complète. J'ai vécu l'humiliation que
j'avais pas été capable! J'avais pas
été capable de suffisamment fermer mes
portes. Il avait fallu que la loi en dessus vienne
me choper mes comptes. Alors maintenant, je vis sur
deux comptes. Un ouvert, et un caché. Parce
que bien entendu, dans ma famille, ils continuent
à vouloir me faire payer. Là j'ai mon
frère et mon père ont eu un droit sur
moi, ils ont la loi qui peut leur permettre de récupérer
de l'argent sur mon compte. Ils ne le font pas pare
que je suis prête à leur faire payer
autre chose, je sais pas comment, pas en argent, mais
ce qu'il y a de sûr c'est que j'ai deux comptes.
Je sais bien qu'on n'échappe pas à la
Banque de France, mais… je vais retirer de l'argent
d'un compte en liquide pour aller le placer sur l'autre
parce que je crois qu'il est protégé.
Mais je le crois pas vraiment. Mais ça me rassure,
moi, quand je passe d'un compte sur l'autre. Je me
dis : il y en a un, j'espère, on ne pourra
pas me le toucher. Voilà. Donc c'est totalement
lié au problème d'inceste. Je fais ma
cuisine toute seule. Mais je veux faire payer…
je veux au moins, ne plus payer. Je voudrais faire
payer un peu, mais pas payer en argent. L'argent,
ça ne me semble pas… et je cherche l'autre
valeur à faire payer… mais… moi,
je refuse, je dis non.
Delphine : Je voudrais revenir
sur un truc ; c'est ce que tu dis qui m'y fait penser
: faire payer les hommes… j'éprouve très
vivement… je vis l'expérience inverse.
Il n'est pas question que j'accepte qu'un homme paye
pour moi. Bon, je vis avec une femme donc au plan
de ma vie privée, ça ne se joue pas,
et… dans ma vie professionnelle, je suis fonctionnaire
donc il n'y a pas de rapports d'argents… c'est
pas neutre, d'ailleurs, d'avoir choisi un métier
où il n'y a pas d'enjeu autour de l'argent.
Et il reste ma vie sociale, et je vois bien que c'est
vraiment une épreuve d'accepter qu'un copain
m'invite à déjeuner, par exemple. J'en
ai fait l'expérience très récemment
; mon copain voit bien que ça a l'air difficile
pour moi et donc il me dit "mais c'est pas grave…"
; il m'invite, il voit ma tête et il dit "non
mais tu sais, c'est pas grave!" et pour le coup,
ça c'est tout à fait lié à
l'inceste aussi ; quand on était petit, on
était acheté… je dis "nous",
dans notre famille… mes frères et sœurs
et moi, on était acheté tout le temps.
Ma mère dit souvent, très élégamment…
mon violeur, c'est mon grand-père, le père
de ma mère, et elle dit souvent pour elle,
et aussi elle le dit pour nous ; elle dit qu'elle
avait l'impression qu'elle était la pute de
son père. Et c'est pas mes mots à moi,
je ne le formulerais pas comme ça mais il y
a bien quelque chose de cet ordre là, quoi.
Et donc, plus jamais un homme pairea quelque chose.
Quand je dis payer quelque chose, c'est acheter quelque
chose de moi. Ça je refuse. J'espère
que ça passera d'ailleurs, parce que ce serait
plus simple.
Virginie : moi c'est bizarre
parce qu'en fait, c'est un peu le problème
inverse. C'est qu'en fait, mon père s'est pas
occupé de moi, n'a jamais envoyé la
pension, parce qu'il était divorcé d'avec
ma mère, etc. et en fait, c'est l'inverse,
la seule chose dont il s'est occupé, c'est
effectivement de me tripoter quand je l'ai revu. Et
là pour le coup, c'est l'inverse. Je me dis
: et merde! j'ai rien eu. Il ne m'a pas achetée,
dans le truc. Donc du coup je me dis : voilà!
C'était devenu : si on me tripatouille, si
on me touche, ben il faut qu'on paye. Au minimum,
il faut ça. C'est un miroir.
Lise : En vous écoutant,
en écoutant Virginie en dernier, je me dis
que parfois je dépense, je fais… parfois
un voyage… c'est pas les livres, moi j'ai dépensé,
c'est parfois un voyage. Mais toujours avec le CE,
donc c'est moins cher. Et comme c'est e fonction de
l'avis d'imposition, je suis toujours en zone 3, en
tranche 3, donc je paie 60 % moins cher. Je calcule
toujours comme ça. Alors je fais des…
c'est comme ça que j'ai fait quelques pays.
Mais l'argent que j'ai économisé, après,
je le donne, sous une forme ou une autre. Et quand
j'ai beaucoup dépensé, même quand
j'ai fait des cadeaux, ou que j'ai donné à
des œuvres, ça m'arrive. Et bien à
ce moment là, c'est là où ce
que j'ai entendu me fait revenir ; j'économise,
j'essaie en tous cas d'économiser, de récupérer,
à hauteur de ce que j'ai dépensé,
par rapport à la nourriture. Je dis : non,
aujourd'hui, je n'achète pas ça…
je dis j'ai assez, je peux manger avec ça…
et petit à petit, je me dis "j'ai au moins
récupéré la moitié de
ce que j'ai versé". Il y a quelque chose
de la récupération, quelque part. je
dois dire que je le fais beaucoup plus depuis que
je suis à la retraite. Mais quand même,
c'est un réflexe. Je fonctionne…
Nathan : alors par rapport à
l'argent… toute l'histoire incestueuse est ressortie
très très tard, et a duré assez
longtemps, avec mes parents qui verrouillaient tout
avec de l'argent comme ciment. Et du coup, je vois
que les enfants, nous, on a une sorte de joie à
faire dépenser mes parents. Mais c'est pas
de l'argent, en fait. C'était important qu'ils
gagnent de l'argent, qu'ils mettent de l'argent de
côté, à un moment où ils
auraient pu faire attention à d'autres choses,
prendre du temps pour d'autres choses ; être
attentifs, être présents, être
responsables. Mais ils ont choisi de prendre ce temps
là pour gagner de l'argent. Et du coup, le
fruit de leur travail, dont ils ont l'usage aujourd'hui,
c'est comme le fruit de l'inattention. A un certain
moment, il y a presqu'une joie à le faire dilapider.
Mais c'est presque plus de l'argent, quoi. C'est du
temps, de l'attention… comme s'il y avait différentes
saveurs d'argent. Gaspiller… quand je vois des
gens gaspiller de l'argent, au sens bête, pas
au sens maladroit ; au sens où ça blesse
des personnes… ça me met hors de moi,
mais j'ai presqu'une joie à faire gaspiller
mes parents.
Le psychologue : On va s'arrêter
là parce que le temps qu'on s'était
donné pour le premier sous-thème est
terminé. On peut faire la pause maintenant,
et les deux sous-thèmes à la suite,
ou bien on fera la pause après le prochain
sous-thème.
(discussion pour voir si
on s'arrête tout de suite ou à la fin
du prochain sous-thème, et pause…)
3) Quel rapport financier avec un
psy, et pourquoi payer ma thérapie ?
Le
psychologue : je vous propose de passer au deuxième
sous-thème, qui est intitulé de la manière
suivante : quel rapport financier avec un psy ? et
pourquoi payer ma thérapie ?
Virginie : moi je commence, mais
je m'arrête après. Je suis entièrement
contre. Je suis désolée, je suis contre.
On a le droit d'avoir en France, et dans le monde,
un rein malade et c'est remboursé par la sécu
; on ne paye pas d'être malade. Alors je suis
désolée, quand on a un truc qui débloque
dans la tête, c'est vachement plus compliqué
qu'un rein, je ne vois pas pourquoi ça ne débloquerait
pas. Que ce soit lié à un psycho-traumatisme
incestueux ou à je sais pas quoi, on est malade.
On est malade de la tête. C'est pas pour autant
qu'on est fou à lier, la preuve. Donc hors
de question de payer. Hors de question. Ou alors,
on paye les reins malades. Alors l'histoire de Freud,
machin, il faut payer pour être motivé,
etc. ben dans ces cas là, c'est pareil. Les
cancéreux, on sait qu'il y a une grande part
psychologique dans leur guérison qui joue,
alors dans ces cas là, pourquoi on les ferait
pas payer aussi pour qu'ils soient motivés
pour guérir ? Il n'y a rien qui tienne la route
dans cette logique, je ne vois pas ; il n'y a pas
à payer. En plus, quand on s'est fait violer,
c'est pas de notre faute, je ne vois pas en plus pourquoi
on paierait. Même sans viol… être
malade de la tête, il n'y a pas à payer.
Point barre. Rien que d'y penser ça m'énerve.
Le psy, c'est un médecin, il est là
pour nous aider, on paye nos cotisations à
la sécu, ça doit être remboursé.
Et sinon, moi, je le vois comme une pute, le psy.
S'il se fait payer… pourquoi pas lui faire une
pipe, c'est n'importe quoi, je ne suis pas d'accord.
D'ailleurs l'argent, pour moi, est relativement sexuel,
effectivement. Moi, quand je paie mon psy, je me sens
mal. Lui filer ces billets… en plus, quand il
veut du black… ça fait vraiment je lui
laisse l'argent sur la table de nuit! Non!
Delphine : et alors, tu le payes
pas ?
Virginie : je lui fais des chèques.
Déjà, ça va mieux. Je lui fais
des chèques. Je suis contre parece que c'est
un psy qui est intéressé par le pognon,
comme beaucoup, et qui fait du black. Le chèque
passe mieux que l'argent en liquide. Mais je veux
une feuille de maladie.
Nathan : moi, ça me fait
penser… quand même il y a une première
disctinction ; j'ai vu une psychologue, et justement,
ça me faisait un peu bizarre de devoir payer.
Et du coup, je me suis un peu renseigné puis
il y a psychologue / psychiatre, et que psychiatre
est médecin alors que psychologue ne l'est
pas, et du coup, cette année, c'est psychiatre.
Et du coup, c'est remboursé. Mais au delà
du remboursement ou pas, moi je vois simplement le
fait d'avancer… parce qu'il faut quand même
payer pour se faire rembourser, c'est pas le tiers
payant, etc… moi, c'est assez paradoxal, j'ai
à la fois très envie de faire payer
; c'est à dire que mes parents reconnaissent
une responsabilité et assument l'accompagnement
des conséquences. Et en même temps, je
suis très attaché à une autonomie,
de dire : de toutes façons, maintenant, c'est
ma vie. Et donc même si ça va me coûter,
c'est à moi que ça coûte parce
que c'est moi que ça regarde. Et couper le
lien, couper d'eux. Mais ça peut changer de
semaine en semaine. Une fois j'ai envie qu'on paye,
et une fois j'ai surtout pas envie qu'on paye pour
moi parce que c'est ma vie.
Delphine : parce que c'est pas
toi qui paye, c'est ça ?
Nathan : non, mais simplement
le fait d'avancer de l'argent, par exemple. Qui est
une démarche à laquelle j'ai parfois
envie que mes parents soient associés, en avançant
de l'argent, etc. et parfois j'ai envie que ça
ne les concerne pas du tout.
Delphine : moi je voudrais dire
que je ne suis pas malade, et l'inceste, être
violée pendant des années, c'est pas
une maladie, et ma psy n'est pas médecin, et
d'ailleurs si elle l'était, je n'irais pas.
Je ne vais pas voir une psychiatre mais une psychanalyste.
Et voilà… et je trouve ça normal
de la payer. De payer pour moi, investir quelque chose.
C'est ma part active dans ma vie, de payer pour aller
mieux. Je ne suis pas malade mais c'est sûr
que ça n'allait pas, et que maintenant ça
va mieux. Mais c'est pas une maladie. Do,c je trouve
ça normal de payer. Pour un coup, alors je
fais la distinction dans les sous thèmes :
ça me va de payer cette psychanalyste là,
pour cette relation là, ce travail que je fais
avec cette femme depuis maintenant des années.
Avant, quand j'étais adolescente, puis après…
quand j'avais dix-huit ans, j'en ai vu deux. J'ai
vu une… j'allais dire une connasse… une
psycho je sais pas ce qu'elle était celle-là
; quand j'avais treize ans, quatorze ans. Alors elle,
franchement ça m'arrachait de payer, mais pourtant
j'avais conscience que c'était ma vie, mon
affaire. Donc je faisais le ménage chez nous,
et des baby-sitting, pour me payer une fois par semaine,
c'était cent balles, à l'époque.
Mais vraiment… alors je voulais bien payer pour
ce travail mais lui donner à elle que je trouvais
pathétiquement nulle, alors que vraiment, il
n'y avait aucune relation qui s'établissait,
j'aimais pas ça. Après, j'ai cessé
avec elle, ça a duré deux ans. Après
j'ai vu un homme, un psychanalyste aussi, j'avais
dix-huit ans. Donc lui, pareil, je travaillais et
je le payais. J'ai payé pendant un an et demi,
j'ai jamais dit un seul mot… donc je ne…
j'avais du mal à payer ça, parce que
justement il y avait rien. Mais payer la psychanalyste
avec laquelle je fais une analyse depuis des années,
et qui me sauve la vie, complètement…
ma vie est complètement différente de
ce qu'elle était. Je me sens vraiment tellement
mieux, c'est incommensurable, en fait. Donc là,
là, je trouve ça normal, je trouve qu'elle
mérite plus, en fait. A chaque fois que j'ai
une augmentation, je suis pas loin de lui demander
si elle veut qu'on augmente parce que je trouve que
c'est normal. Cette bonne femme elle m'a sauvé
la vie ; peut-être la vie d'autres gens aussi
mais alors moi, ça me paraît super normal
de la payer. Et je suis bien contente qu'elle ne soit
pas médecin. Parce que justement, ces connards
de médecins qui ont rien vu, rien fait…
et puis je suis pas malade. Voilà…
Bérénice : moi,
j'avais du mal à mesurer l'importance de l'argent
dans mon rapport à la thérapie. Et pour
ce qui est de mesurer l'aspect financier avec un thérapeute
en particulier, tout ce dont je me souviens, c'est
que j'ai toujours peur d'oublier de payer. Et que
ça m'est arrivé de ne pas avoir sur
moi l'argent… parce que elle aussi, elle se
faisait payer en liquide - ce qui me dérangeait,
dans le principe - mais bon, ceci dit, c'était
pas un problème pour moi de le faire, de la
payer en liquide. Et au bout de deux fois, quand j'oubliais,
il m'arrivait de lui rappeler que je lui devais de
l'argent. Mais j'aimais pas ça, en fait. Mais
je me rends compte que j'ai horreur d'être redevable,
et que payer, pour moi, payer un thérapeute,
ça veut dire qu'il y a un échange qui
se met en place, et que ce que je reçois, c'est
normal que je le restitue. C'est comme ça que
je perçois mon rapport financier au thérapeute.
Mais comme pour n'importe quel autre service, c'est
pas spécifique, en fait, à la relation
thérapeutique.
Mireille : ce que je voudrais
partager par rapport à ça… c'est
vrai que c'est pas juste d'avoir à payer dans
la mesure où on a souffert, et finalement,
faut payer toute sa vie pour essayer de s'en sortir
; d'un autre côté, j'ai été
voir des psy assez tardivement, parce que finalement,
c'est quand j'ai pu améliorer mon salaire.
A un moment, je me suis sentie autonome. Au départ
j'étais… enfin, je suis toujours mariée,
et j'ai toujours des enfants mais au départ
j'aurais eu l'impression de prendre l'argent de la
famille. Parce que quand j'étais jeune, c'était
hors de question. Puis aller voir des endroits où
c'était gratuit, j'aurais eu l'impression de
faire une sorte de mendicité. Donc pas payer,
c'était pas mieux que payer. Donc maintenant
je paie, après j'ai payé, donc…
pas mal, à force, c'est vrai que ça
fait cher… si je réfléchis, j'aurais
peut-être pu faire des voyages ou autre chose…
peut-être m'acheter encore plus de livres. Mais
je paie aussi, avec de l'argent, ça me gêne
effectivement un petit peu. Mais par rapport au travail
que je fais, bien je paye, et puis voilà. Et
je suis bien contente de l'avoir fait, de toute façons,
et de continuer à le faire. Parce que ça
m'aide à vivre également. Donc je paie,
et c'est vrai que je trouve que ça fait beaucoup,
ça fait pas mal d'argent qui va ailleurs à
cause d'une souffrance qu'on n'a pas souhaitée.
C'est pas très juste, ça, mais je le
fais quand même : je paye. Et j'aurais eu un
peu honte d'aller dans des centres… il y a bien
des centres où c'est gratuit ; mais non, je
ne suis pas allée là… comme si
je dois quand même payer, malgré tout.
Faut toujours payer. Et si c'est pas ma sœur,
c'est mon psy. Faut que je paye. J'aurais pu aller
dans des endroits où c'était gratuit
mais non, je suis allée là où
il faut payer.
Sidonie : par rapport au premier
thème, ça me fait l'impression à
la fin, qu'il y avait plusieurs sortes d'argent. Parce
que pour moi, payer, ou faire payer, c'est pas forcément
de l'argent, mais au moins, l'argent a l'air d'avoir
plusieurs qualités : il y a l'argent de luxe,
il y a l'argent des pauvres, et puis l'argent du quotidien.
Alors pour moi, la psychanalyse, l'argent du travail,
pour moi ça a été de l'argent
de luxe, vraiment. C'est du luxe de pouvoir se payer
ça. Alors je ne suis plus dans le luxe maintenant,
donc je ne paye plus. Mais il y a eu une époque
de ma vie où j'étais dans une forme
de luxe, c'est à dire après mon premier
divorce, mon premier mari a eu à payer une
pension alimentaire pour moi, qui était assez
conséquente. Immédiatement, bien entendu,
ma famille s'est rappliquée pour me dire que
je n'y avais pas droit. Que c'était pas possible,
que les autres femmes faisaient sans rien, pourquoi
est-ce que moi, j'aurais droit à quelque chose
? donc je devais redonner cet argent à ma mère,
qui elle, la pauvre, n'avait rien etc. Bon, je ne
l'ai pas fait, je ne suis pas maso… n'empêche
que j'ai été très… peut-être
pas coupable, par rapport à cet argent, mais
quand même, je l'ai entièrement redonné
en psychanalyse. Donc j'ai payé ma psychanalyste
pendant des années avec l'argent que je devais
à ma mère, ou que ma mère me
devait. Et le jour où j'ai divorcé de
mon second… le jour où je me suis remariée,
j'avais plus cet argent, j'ai arrêté
mon travail d'analyse, et là, je l'ai repris
à mon compte. Et le reprendre à mon
compte, ça ne pouvait pas aller parce que c'était
trop cher, alors j'ai changé de formule, sous
forme de thérapie, jusqu'à trouver celle
qui me convenait, c'est à dire payée
par ma mutuelle, et ma mutuelle, c'était encore
une fois quelque part lié à ma mère.
Donc j'avais l'impression cette fois ci qu' c'était
gratos, mais que quand même, c'était
sous couvert de ma mère que c'était
payé. Et il n'y a pas si longtemps que ça,
quelques années, où j'ai arrêté,
et où je suis retourné voir cette thérapeute
qui me convenait bien, et où j'ai accepté
de payer de mes petits sous à moi, en liquide.
Et je l'ai fait un ou deux ans, en raclant bien les
fonds les tiroirs, et puis maintenant, j'ai arrêté.
J'ai arrêté, mais j'ai encore une manière
de m'en sortir gratos, c'est à dire que je
téléphone à SOS amitié.
Alors là, j'ai l'impression que j'ai un psy,
pendant une demi heure, une heure, anonyme, que je
ne connais pas, etc. et avec qui je peux faire le
tour de la question et qui me dépanne. Et puis
vous…
Lise : j'ai deux psy qui ont
compté dans ma vie, qui ont compté et
qui m'ont fait compter aussi. Donc la première,
c'est l'analyste, pendant huit ans, à raison
de trois fois par semaine. Moi, je me sentais malade,
et j'étais malade. L'inceste n'est peut-être
pas une maladie, mais m'avait rendue malade. Et j'étais
dans un état tel que je cherchais à
guérir. Je disais, je viens pour guérir…
donc, par suite de recherches, j'ai atterri chez une
analyste qui était neurologue-psychanalyste,
donc qui pouvait faire des feuilles de soin pour le
remboursement. Donc elle le faisait, ma mutuelle remboursait
le complément, ça ne me coûtait
rien au niveau argent. Ça me coûtait
beaucoup de faire ce travail mais… alors je
lui dois à cette analyste de m'avoir fait sauter
l'amnésie de l'inceste, et c'est au bout de
deux semaines avec elle que tout m'est retombé
dessus. Je lui dois ça. Elle me faisait payer
et un jour, je lui ai avoué parce que j'étais
mal avec ça, que la mutuelle me remboursant,
je ne dépensais rien. Elle a dit "si!
Il faut que vous payez" donc, elle m'a dit, vous
allez payer une séance sur deux. Donc j'ai
accepté, mais j'étais complètement…
je la déteste encore à cause de ce calcul
qu'elle m'a fait faire et qu'elle s'est permis de
faire pour elle. Là, j'ai trouvé ça
honteux : si ça coûte pas, on ne vient
pas. J'étais régulière, tout
le temps, mais ça, je la détes…
je la hais encore à cause de ça. Donc
une fois, j'étais malade, ça m'arivait,
des fois j'étais malade, j'avais des maux de
tête, je vomissais. ça commençait
à six heures du matin, et jusqu'au lendemain
matin, c'était toutes les cinq minutes je vomissais.
Je lui ai téléphoné pour lui
dire que je ne pouvais pas venir, que je ne pouvais
pas me déplacer, même le téléphone,
ça me faisait venir… et elle m'a fait
payer cette séance. Elle m'a dit : comme vous
n'étiez pas là, celle-ci, je vous fais
pas de feuille de soin. Et je ne lui ai pas payée
tout de suite, ça a traîné pendant
un mois, et elle ne réclamait pas, mais c'était
une telle pression mentale que j'ai fini par lui payer.
Mais vraiment, avec… quand je lui ai donné
l'argent, c'était un paquet de merde que je
lui donnais. C'était une haine… donc
j'ai arrêté au bout de huit ans. Entre
temps, j'ai vu un psychiatre qui me donnait des médicaments,
donc j'étais vraiment malade… et à
la retraite, j'ai dit, je veux recommencer à
voir une thérapeute. Et à l'aide de
ce psychiatre, j'ai rencontré la thérapeute
actuelle, que j'ai depuis deux ans et demi. Pour moi,
c'est la perfection. Je ne suis pas remboursée
parce qu'elle n'est pas médecin, donc je paye.
Elle m'a fait un prix, c'est pas moi qui lui ai demandé,
mais elle sait que je… que j'ai l'équivalent
du SMIG, à peu près, à la retraite.
Et une fois, je lui ai dit : "mais il faudrait
peut-être que vous augmentiez, c'est pas assez,
vous ne demandez pas assez". Et elle m'a dit
"ce n'est pas votre affaire! C'est la mienne".
Mais elle l'a dit d'un ton péremptoire, et
depuis, je paye en partant, je mets 38 euros, je les
dépose sur son bureau. Je suis un peu gênée
de ne donner que ça, compte tenu de la qualité
de ce qui se passe pour moi. Mais je l'ai tenue au
courant de l'histoire de la poste, là, que
je m'étais fait avoir avec le conseiller, et
j'ai tout à fait l'intention de lui dire, si
je récupère l'argent perdu, de lui dire
: "voilà, j'ai récupéré,
et maintenant, je pourrai vous payer plus raisonnablement".
Voilà, deux relations de psy, et deux relations
avec l'argent. Je trouve encore honteux la façon
dont l'analyste, la médecin, m'a traitée.
Delphine : je peux poser une
question ? c'est donc bien dans le rapport à
l'un et à l'autre des thérapeutes que
ça s'est joué la question de l'argent.
Pas par rapport au travail mais par rapport à
ce qui s'est mis en place avec l'un et avec l'autre
?
Lise : Oui.
Delphine : Oui mais parce que
du coup, là tu payes plus que ce que tu payais
avec l'autre…
Lise : ah non, je paye moins.
En huit ans, elle ne m'a augmentée qu'une fois,
et le jour où… c'est vrai qu'elle ne
me prenait pas beaucoup non plus mais… c'était
à l'époque, c'était encore en
francs, c'était 250 francs. Et elle m'augmente
une seule fois.
Delphine : oui, donc tu paies
pareil. Ce que je vois, c'est que tu paies pareil,
sauf que là tu la trouves formidable et donc
ça ne te gêne pas de ne pas être
remboursée, et l'autre, tu dis "je la
détestais pour ça" donc c'est vraiment
dans la relation que…
Lise : oui, je pense, je pense
que sur les huit ans… que j'aurais dû
arrêter au bout de quatre ans. Donc mon rapport
à l'argent… mais il y avait surtout cette
histoire de faire payer. Et ça, c'est lié
à Freud : il faut que ça coûte.
Et moi, ça m'a toujours coûtée.
Enfin, c'est le contraire de ce que je disais l'autre
jour… ça coûte forcément,
quand on paye.
Delphine : mais qu'est ce qui
fait que ça ne te dérange pas de payer
avec elle ?
Lise : ben d'abord, parce qu'elle
était pleine d'attention en ne me demandant
au départ que… en acceptant de me prendre
en charge avec cette somme. Parce qu'apparemment,
les tarifs sont… et puis je suis bien avec elle,
il y a des choses qui se passent avec elle.
Virginie : je voulais préciser,
par rapport à ça, c'est que l'histoire
du psy, je ne le vois pas comme une espèce
de rapport interrelationnel : elle m'aide, elle m'a
sauvé la vie, etc. je vois… le problème,
c'est l'inceste en général. J'en veux
tellement à la société toute
entière de ne pas prévenir ces conséquences
là, de ne pas soigner les gens, de ne pas afficher
partout sur les murs qu'il y a une gamine sur dix
qui se fait violer, de ne pas prendre en charge ce
syndrome là : je considère que la société
est coupable. Si la société est coupable,
parce que c'est des actes, et les conséquences
sont pas loin de la maladie, pour certains cas ; il
y a des gens qui deviennent tarés, qu'on soigne
avec des molécules. Donc pour moi, la société
étant coupable, c'est la sécu qui doit
payer. Je ne remets pas en cause… donc la sécu…
qui dit sécu dit médecin… c'est
sûr, on peut tomber sur des psychologues qui
vont être plus efficaces que des psychiatres,
malheureusement. Et bon, les psychologues, peut être
que si on imagine une société où
les psychologues qui aident les gens seraient dans
une espèce de système de sécu.
Je ne sais pas : trouver un système pour que
de toutes façons, dans la société,
il y ait cette notion que la société
a produit les victimes, ces victimes là doivent
être prises en charge. Comme quand il y a un
tremblement de terre et qu'il y a une cellule psychologique
gratuite, et tout le monde trouve ça normal.
Alors que là, on ne trouve pas ça normal.
On nous fout dans un rapport interrelationnel avec
Freud qui était complètement à
la masse, qui à l'époque soignait des
névrosés, qu'avait pas vu qu'il y avait
un problème d'inceste dans sa société
et puis on était dans une société
où la famille était forte. Il a mis
en place ce système pour des névroses,
effectivement, je le conçois. Dans les conséquences
du psycho-traumatisme, on est très loin de
la névrose, on est dans d'autres domaines où
le truc de Freud ne marche plus. Je ne suis pas d'accord
qu'on ait à payer ça. Je sais pas, c'est
un truc politique. Encore que dans l'interrelationnel,
mais si, c'est vrai que ils doivent bien gagner leur
vie. Effectivement, je le conçois, moi je fais
des prestations, je me fais payer. Mais cet interrelationnel
là est un interrelationnel d'aide. C'est comme
si j'avais une amie qui me donnait… ça
m'est arrivé parfois d'avoir des amis qui me
donnent des conseils nettement plus avisés
que mon psy, et c'est comme si ils me donnaient un
paiement après. C'est normal d'aider. Moi,
je trouve que c'est normal d'aider. Ce qui ne va pas,
c'est le statut de psychologue qui est obligé
de gagner sa vie sur le dos et la souffrance de…
enfin, quelque chose que j'arrive pas à exprimer
mais ça me paraît anormal. A partir du
moment où on aide quelqu'un, on peut soutenir
quelqu'un pendant des années parce qu'il va
mal, on va pas le faire payer. C'est ce métier
qui est bizarre. C'est un métier d'aide. Dans
tous les métiers d'aide, il y a des bénévoles
; pas des bénévoles mais des gens qui
sont payés pour aider, bah ils sont payés
par l'Etat. Ce truc de psy est très particulier.
On a l'air de considérer qu'on est dans un
espèce de rapport… je ne sais pas comment
l'exprimer ; c'est daté, il y a tout à
revoir là-dessus. On n'a pas à payer.
On a été cassé, fracassé,
abusé, violé ; au même titre que
des gens qui ont reçu un toit sur la gueule
parce qu'il y a eu un tremblement de terre, non! Il
devrait y avoir un système d'assurance, quelque
chose.
Bérénice : Au Québec,
l'inceste est considéré comme un crime
contre la société, et pas contre la
personne. La personne est témoin du crime qu'elle
a subi.
Delphine : Tu veux dire pas victime
?
Bérénice : Oui.
Virginie : et payer son psy,
c'est continuer à être victime toute
sa vie. Alors qu'ils doivent gagner leur vie, je le
conçois, je veux dire… mais c'est pas
contre nous qu'il faut se tourner. Les psychologues,
les psychiatres et tout ça devraient faire
des manifs et se tourner contre l'Etat et dire : "voilà,
nous, on aide les gens, on leur sauve la vie, il devrait
y avoir un système ; on fait qu'on vous fait
économiser de l'argent parce qu'entre ceux
qui se tuent, ceux qui se droguent, ceux qui se font
du mal, ceux qui font du mal aux autres, etc. on économise
de l'argent. Il y a un calcul à faire."
Donc cet argent, il va être économisé
pour éviter que derrière, il y ait les
conséquences qu'on connaît. C'est tout.
Sidonie : J'ai une réaction,
mais qu'est complètement… dés
qu'on me parle d'Etat, et que ça pourrait quelque
part être l'Etat qui pourrait avoir à
gérer mon amélioration ; pour moi, immédiatement,
je suis en abus de pouvoir et l'Etat pour moi est
un violeur. L'Etat, pour moi, c'est un homme, il a
le pouvoir sur moi, c'est un violeur, je n'en veux
pas. Donc c'est immédiat. Toute personne qui
a un quelconque pouvoir sur moi, y compris me passer
une petite cuiller, d'une certaine manière,
je considère ça - à toute petite
dose mais - comme un abus de pouvoir. Et confier à
quelqu'un qui a plus de pouvoir que moi mon bien-être,
mais alors là, c'est terminé. Plus jamais,
jamais! Jamais! Jamais! Plutôt crever que d'avoir
quelqu'un qui… ha non! Ça!
Nathan : Par rapport à payer le soin, en général,
ou le soin psychologique ; en médecine chinoise,
on paie régulièrement quelqu'un qui…
une sorte de consultant santé, et on ne le
paie pas quand on est malade, parce qu'il a échoué.
C'est assez particulier de payer quelqu'un quand on
ne va pas bien ; ça veut dire qu'il y a échec.
On voit bien dans le monde professionnel ou ailleurs
que quand il y a échec, on réclame,
on ne paie pas, on fait des procès, etc. au-delà
de l'aspect psychologique, je trouverais normal de
payer… c'est un peu extrême comme analogie
peut-être mais je trouverais normal de payer
l'entretien de son véhicule mais on râle
quand l'entretien n'a pas été bien fait
et que c'est tombé en panne. Notamment par
rapport à la santé psychique, il y a
quelque chose qui frappe, c'est que c'est dans les
pratiques courantes d'aller tous les trois, six mois,
un an, chez le dentiste pour vérifier que tout
va bien, que les choses sont à peu près
saines, et par rapport à la santé psychique,
c'est attendre que ça craque pour faire quelque
chose. Et par exemple, par rapport à la prévention
; chez les enfants, on prend pas en compte la santé
psychique d'un enfant tant qu'il n'y a pas quelque
chose qui craque, qui visiblement ne va pas bien.
Et du coup on fait payer quand ça ne va pas.
Alors que si on payait pour voir si dans le développement
psychique, c'est relativement équilibré,
c'est pas trop mal, à ce moment là,
on peut légitimement dire à la personne
qui suit : il y a échec ou pas.
Regane : Moi, je me suis présentée
devant mon premier psy, payer ne me faisait ni chaud
ni froid. De toutes façons, c'était
la période où je payais même les
aditions quand on était à plusieurs,
des choses comme ça. Alors ce qu'a dit Freud
comme quoi si on ne paie pas, c'est pas efficace,
ça ne servait à rien du tout. C'était
complètement inutile. Ça n'existait
pas du tout comme principe dans ma tête. Après
je me suis rattrapée : j'ai vu une psychologue,
je crois que c'était dans un truc comme un
dispensaire, et ça, je n'ai pas payé.
Et puis bon, ça va, ça a plutôt
assez bien marché. Maintenant, de payer, je
l'inclus dans mes dépenses. Ça ne me
pose as de…pour la personne que je vois en ce
moment, ça va. Mais au début j'ai eu
du mal. Je me sentais lésée, je ne sais
pas pourquoi, d'ailleurs. Peut-être parce que
là j'ai un bon retour, j'ai des choses comme
ça en échange ; peut-être aussi
que… j'en sais rien du tout en fait, pourquoi,
mais là, ça ne me dérange pas
du tout. Par contre, je ne pense pas que je le laisserais
me mettre plusieurs rendez-vous, plus que ce que je
veux, ou quoi que ce soit ; voilà.
Lise :C'est peut être un
peu plus une généralité mais
il y a quelque chose toujours qui me frustre, c'est
que certains psy prennent… il n'y a pas de tarifs.
Il n'y a pas première, deuxième, troisième,
comme chez les …. Je ne sais pas comment ça
s'appelle. Les psy demandent en fonction de ce qu'ils
s'estiment eux-mêmes. Ils peuvent demander mille
balles, c'est l'équivalent de cent cinquante
euros. Et ça, je trouve ça inadmissible,
c'est comme ci en payant plus, ils soignent mieux
? ou bien est-ce que c'est à cause de leur
notoriété seulement qu'ils demandent
cent cinquante ou même deux cents euros. Et
ça je trouve, c'est estimer la personne qui
demande du soin… je ne sais pas ; il y a quelque
chose que je ne tolère pas.
Virginie : je voulais rajouter
que par rapport aux psy, eux-mêmes, qui estiment
combien le patient peut payer, ça part d'un
bon sentiment, certes, pourquoi pas…. Et encore
c'est parce qu'il y a quelque chose qui ne va pas
dans notre société mais j'arrête
là… et aussi, c'est une espèce
de toute puissance. De quel droit ? Quand on estime,
quand on doit payer nos impôts, on nous demande
tout un relevé détaillé, des
preuves, quoi. Là, je ne sais pas : vous êtes
étudiant, vous êtes ci, vous êtes
ça, j'estime que… le pire des cas que
j'ai connu, c'est un patient ; un mec que j'ai envoyé
chez un psy, le mien, d'ailleurs… alors lui,
il estimait que ce mec était dans la drogue
jusqu'au cou, et donc payait des doses phénoménales
de cocaïne tous les jours, et donc lui a estimé
qu'il pouvait se les payer. Et donc lui, il voulait
se faire payer… c'est ce que j'ai compris. Il
était en train de se foutre en l'air avec le
la coke, et l'autre a estimé que donc pour
le coup, il avait de l'argent et… il y a quelque
chose que je n'arrive pas à comprendre. Quand
quelqu'un est prêt à payer de telles
sommes pour se foutre en l'air, et ben l'autre estimait…
il est mort d'une overdose, depuis ; et lui avait
carrément demandé par séance
le prix d'une dose. Il lui avait demandé combien
coûte le gramme, et il lui échangeait.
C'est pas le seul cas que je connais. J'ai connu un
autre cas d'addiction où le psy s'estime devoir
considérer que le prix de la souffrance fait
que on peut payer le prix de encore plus de souffrance.
C'est pas de la faute du psy, faut bien qu'ils vivent,
je le redis encore. Mais il y a quelque chose qui
ne va pas.
Lise : on peut penser aussi que
le |